Les RENAULT des Aventures de SPIROU

Si Franquin avait dessiné quelques voitures originales auparavant, elles sont pourtant éclipsées par la pittoresque RENAULT AG / AG-1 de 1907 au volant de laquelle le comte de Champignac apparaît au lecteur étonné (au sens classique du terme). Fidèle à Renault, le comte conduira deux ans plus tard la toute nouvelle Frégate, dont il dut sans doute essuyer quelques plâtres encore frais !
Spirou saisira l'occasion fugitive de "prendre" (littéralement...) le volant d'une 4 CV, puis bien plus tard d'une Estafette, avant que Fournier, puis Tome et Janry, ne lui offrent deux modèles de R5.
... Suggestion pour Olivier SCHWARTZ : Pourquoi ne pas confier à Spirou, à l'avenir, l'une des (futures) Alpine que Renault a ressuscitées, tel un phénix ?...

N.B. : L'on a ici regroupé les Renault de Spirou avec celles du Comte de Champignac; les séparer eût semblé curieux...
Les dates des modèles de voitures indiquent la période de production correspondant au plus près au dessin figurant dans les Aventures de Spirou et Fantasio.
Par ailleurs, les dates données pour les aventures, s'il y a lieu, sont celles de la publication dans l'hebdo, qui peut être très antérieure à l'Album correspondant.






Table des Modèles présentés

En 1898, le jeune Louis Renault, passionné d'automobile, convertit son tricycle De Dion-Bouton en Voiturette de 1 ch à quatre roues (ci-contre, à gauche), en l'équipant d'une invention de son cru : une transmission par arbre à cardan comprenant une boîte à 3 rapports et une marche arrière, avec la troisième en prise directe, qui démode d'un coup chaînes et courroies de transmission utilisées jusque là; il fera breveter ce principe en 1899. Après un essai en côte fin 1998, où la voiture impressionne par son comportement routier et son aisance, il décroche ses 12 premières commandes fermes...
Le 25 février 1899, ses frères Marcel et Fernand Renault fondent officiellement la Société Renault Frères. Louis assure le développement et la production, ses frères se chargeant de l’administration.
Dès 1900, Louis Renault aborde le transport de marchandises avec une fourgonnette dérivée d’une voiture de tourisme (type C), équipée d’un moteur monocylindre de 700 cc (3,5 HP) logé sous la banquette, qui peut transporter 250 kg de charge utile; la transmission se fait par un arbre à cardan, avec une boîte à trois vitesses (la 3ème en “prise directe”).
En 1900 toujours, Renault sort sa première voiture à conduite intérieure, la type B, encore animée par un monocylindre De Dion Bouton. C'est en 1902, avec le type H, qu'apparaît le premier moteur de conception Renault, un bicylindre de 1.720 cc.
Pour émerger de la foule des constructeurs d'alors, Renault se lance très vite dans la compétition, à l'époque des courses de ville à ville, remportant de nombreux succès nationaux et internationaux dans la catégorie des voiturettes. Mais le véritable coup de tonnerre fut la victoire absolue de Marcel Renault dans la course à étapes Paris-Vienne (Autriche) en 1902, sa voiture légère (4 cyl., 3,8 L.) type K devançant bien des monstres de 10 L. de cylindrée et plus...
En 1904, la 14 CV type U inaugure la positionnement du radiateur derrière le moteur, qui conférera désormais à l’ensemble de la production Renault cette allure reconnaissable entre toutes, et qui perdurera jusqu'en 1928.

Renault diversifie rapidement sa production; citons :
1905 : lancement du châssis type AG bicylindre (1 060 cm³ - 8 Cv). Carrossé en « fiacre automobile » (taxi), ce modèle deviendra le fameux Taxi de la Marne. En 1907, le type AG devient AG-1 en recevant un moteur légèrement plus gros de 1205 cm3.
1908 marque le début d'une longue contribution de la firme à l'essor du transport routier, tant des personnes que des marchandises. Cette année-là, Renault présente en effet un prototype d'omnibus (type BB; 800 kgs de C.U.), ainsi que son premier vrai poids lourd : le type BD de 3 T. de C.U., mû par un 4 cyl. de 4,4 L. développant 20 HP.
En 1914, Renault se lance dans la production de matériels et d’avions militaires, puis sort en 1917 son fameux char léger, le FT-17. En 1918, Renault est devenu le premier entrepreneur industriel privé de France.

En 1925, Renault adopte comme emblème le losange, à laquelle la marque s'identifiera désormais. La même année, Louis Renault réalise sa première implantation industrielle hors de France, en Belgique : plus précisément à Haren-Vilvorde, dans la banlieue nord-est de Bruxelles, pour y installer un centre de distribution - alors un simple hangar. En 1935, Vilvorde voit la construction d’une première unité de montage, avec une capacité initiale de 5/6 véhicules/jour : la production se développe ensuite régulièrement, jusqu'au bombardement du site en 1943 (il redémarrera en 1947).
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Au début des années '30, Louis Renault est à la tête d'un véritable empire. Première marque en France, Renault est présent dans tous les domaines : de l’automobile au poids lourd, en passant par les autocars, les tracteurs agricoles, les véhicules d'incendie, les chars... C'est alors le plus grand constructeur généraliste d'Europe. En 1934, Renault peut lancer à bon droit ce fier slogan publicitaire, qui restera célèbre (y compris après 1944) : « L’Automobile de France ».
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En 1944, victime de la vague d'épuration qui s'abat sur la France, Louis Renault est emprisonné, et meurt avant d'avoir pu comparaître. Une autopsie révéla qu'il eut la nuque brisée, suggérant un probable assassinat en prison. Ses usines sont saisies par le Gouvernement Provisoire, et nationalisées en janvier 1945 sous le nom de Régie Nationale des Usines Renault (RNUR).
En 1945, la toute nouvelle Régie produit 12.000 voitures, et 12.000 utilitaires...

1946 : Suite de l'Aventure avec la 4 CV
La petite 4CV à moteur arrière relance la Régie dès 1946. Voiture la plus vendue en France jusqu'en 1955, c'est la première française à atteindre le million d'exemplaires (1 105 547 jusqu'à sa retraite en 1961).
En 1951, le modèle haut de gamme Frégate est lancé sur le marché. Après quelques problèmes de jeunesse, la Frégate devient une automobile sûre, avec une excellente tenue de route et un très bon freinage. Elle est déclinée en plusieurs versions de carrosseries (berline, brèque et cabriolet). Elle tire sa révérence en 1960.
En mars 1956, Renault étoffe sa gamme en lançant une voiture intermédiaire entre la populaire 4CV et le haut de gamme Frégate : c'est l'élégante Dauphine, modèle qui sera fabriqué dans l'usine de Flins jusqu'en 1967. Il s'agit d'une petite berline à 4 portes à moteur arrière, dont le nom fait écho à la domination de la 4CV en tant que « reine des ventes ». La Dauphine fut dessinée avec l'aide du styliste italien Ghia, notamment pour l'intégration des entrées d'air dans les portières arrière. La roue de secours (accessible de l'extérieur par un portillon) est logée sous le coffre AV, ce qui contribuait à améliorer la tenue de route.
Cette voiture fut la plus vendue en France de 1957 à 1961.
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En 1959, Renault adopte pour la première fois la traction avant sur le fourgon Estafette; elle sera reprise en 1961 pour la R4, voiture rustique au départ, qui connaîtra un immense succès (voiture française la plus vendue, avec 8 millions d'exemplaires).
En 1962 suit la Renault 8, descendante de la Dauphine, avec moteur à l’arrière, qui aura un certain succès en rallye avec la R8 Gordini.
En 1965 sort la Renault 10, une « grosse » R8, assez délicate à conduire.
À partir de 1965, suite au succès de la R4, Renault abandonne le moteur arrière pour passer à la traction et au hayon arrière, qui est adopté pour la première fois sur une grande voiture avec la R16.
L'année 1969 voit Renault franchir pour la première fois un cap symbolique, celui du million de véhicules (voitures + utilitaires) produits en un an : 1.043.986 exactement, rejoignant ainsi le cercle très fermé des millionnaires européens d'alors (VW et Fiat).
Début 1972, Renault lance la R5, modèle le plus court jamais construit par la firme, à l’exception des premières voiturettes. Ses dimensions limitées et son économie d’exploitation répondent à deux problèmes-clefs : la circulation en ville, et la crise énergétique. En 1973, elle représentait ainsi 60% de la production de Renault. La R5 est la première voiture équipée de boucliers en polyester armé en guise de pare-chocs. Elle innove aussi par son hayon arrière s'ouvrant jusqu'au bouclier, pour la première fois sur une petite voiture,
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  À l'orée du XXIème siècle, la direction de Renault a procédé au démantèlement de l'empire industriel intégré voulu par Louis Renault : une politique inverse de celle qu'applique, avec succès semble-t-il, le groupe FIAT/Iveco ou Mercedes (Daimler), voire VW avec Man et Scania... C'est ainsi que début 2001, la firme Irisbus (née en 1999 de la fusion des divisions cars & bus de Renault et Fiat Iveco) passe intégralement dans le giron d'Iveco. Simultanément, la division poids lourds R.V.I. (Renault Véhicules Industriels, qui a succédé à Saviem après sa fusion avec Berliet en octobre 1978) est vendue à Volvo, devenant Renault Trucks en février 2002; depuis fin 2012, Renault n'a plus aucun intérêt financier dans Volvo... R.T. avait même une filiale d'engins militaires, Renault Défense (regroupant les marques Renault (Défense), ACMAT depuis mars 2006, et Panhard Défense depuis nov. 2012) : c'est désormais Arquus depuis mai 2018, la nouvelle entité effaçant toute référence à son actionnaire Volvo, comme aux marques historiques (Renault, Panhard ou Acmat).
La division Renault Agriculture (Renault avait commercialisé dès 1919 son premier tracteur, le char agricole GP / GU à chenilles), avec son usine historique du Mans (active depuis 1940), passe pour sa part sous le contrôle de l'Allemand Claas en février 2003. L'ultime tracteur Renault est le type Ergos, dont le dernier exemplaire à porter la marque (pour une commande particulière) est sorti des usines en 2009.


Organisation du groupe Renault
En mars 1999, sous le PDGérat (!) de L. Schweitzer, sauvant Nissan d'une faillite annoncée, Renault rachète une part importante du constructeur japonais, part qui culminera à 43,4 % de 2002 à 2023 (Nissan détenant 15% du capital de Renault). Les deux constructeurs s'associent alors au sein de l'Alliance Renault-Nissan (rejointe en 2016 par Mitsubishi, passé sous la coupe de Nissan) pour élaborer une stratégie commune et développer des synergies.
En avril 2010, Renault-Nissan et Daimler (Mercedes-Benz) ont signé un accord de partenariat industriel, mais n'engageant plus d'échange capitalistique depuis mars 2021.

Le Groupe Renault proprement dit comprend aujourd'hui (outre diverses filiales, comme Renault Sport) les marques : Renault, Alpine, Dacia, Samsung (R.S.M. - branche automobile rachetée en 2000, et détenue par Renault à hauteur de 53 % depuis l'été 2021, le Chinois Geely en reprenant alors 34 %) - ainsi que, jusqu'en 2022, le constructeur russe Lada-AvtoVAZ (à 68%, via une coentreprise dont Renault détenait les 3/4). Malheureusement pour la firme, début 2022, à l'occasion des déplorables événements d'Ukraine, les actuels "dirigeants" de Renault, capitulant piteusement devant une campagne médiatico-otanesque soigneusement et habilement orchestrée, décident bêtement de se séparer de Lada (411.000 véhicules produits en 2021), et de se retirer d'un marché prometteur, son deuxième après la France (482.264 unités vendues en 2021, représentant une part de marché de 28% en cumulant les deux marques), et où elle disposait de 3 usines (Renault ou Lada), employant plus de 40.000 salariés !!..

Début 2021, Renault semblait déjà avoir renoncé au marché chinois, n'y commercialisation plus aucune voiture (y compris électrique) sous sa marque. La coentreprise avec Brilliance créée en déc. 2017 pour les utilitaires : Jinbei (marque créée en 1991), dépose son bilan en décembre 2021...
Toutefois, en août 2021,  Renault s’est associé au groupe Geely pour développer des véhicules hybrides à destination des marchés chinois et sud-coréen.
Renault y possède aussi la moitié de la division "voitures électriques"  de JMC (Jiangling Motors), qui sont vendues sous la marque EVeasy.

En 2022, du fait du manque de composants électroniques, et des conséquences de sa désastreuse "retraite de Russie", le Groupe Renault, en vendant 2,051 millions de véhicules (hors Russie; soit 1,7 M. VP + 331.00 VU), est en recul de... 24 % sur 2021 ! Il se redresse heureusement en 2023, avec des ventes à hauteur de 2,235 millions (Dacia y contribue avec une nouvelle progression, cette fois de 17% !)

La marque Renault voit ses propres ventes chuter de 14,6% en 2022, correspondant à 1.415.646 véhicules vendus (hors R.-Samsung et Russie; soit 1,09 M. de VP + 327.000 VU). Elle en écoule 1,548 millions en 2023. Son principal marché reste la France, où elle devance désormais Peugeot...
Renault peut aussi bomber le torse puisqu'élève bien discipliné, le groupe occupait en Europe la troisième place du marché des véhicules électrifiés (électriques + hybrides), si chers à l'oligarchie...

En 2011, l'Alliance Renault-Nissan était devenue le troisième groupe automobile mondial, derrière Toyota et Volkswagen. Se hissant sur la première marche du podium mondial à partir du premier semestre 2017, elle redescend sur la troisième en 2019. L'Alliance RNM a ensuite conservé cette position (loin derrière les groupes Toyota et VW), à cause notamment d'un changement de politique générale privilégiant les marges - comprendre : l’actionnariat !
Mais, en 2023, les rêves de fusion entretenus côté français s'effondrent définitivement face à la farouche volonté d'indépendance obstinément manifestée par les Japonais. Désormais, la part de Renault dans Nissan, retombant à 15%, devient symétrique à celle de Nissan chez Renault. Le "groupe" mondial est définitivement enterré le 6 novembre 2023.

Renault et la Compétition
Renault a la compétition dans ses gènes : la firme s'est dès l'origine engagée en course pour faire connaître ses produits, misant sur l'originalité : faire courir des voiturettes ou des voitures légères contre les monstres surpuissants pondus par d'autres constructeurs. Et, outre les nombreuses victoires de catégorie, ce fut le coup de tonnerre de Marcel Renault au Paris-Vienne de 1902...
Renault remporta aussi le premier Grand Prix de l'A.CF. au Mans en juin 1906.
La firme s'adjugea des Records du monde de vitesse :
  • en 1934, une Nervasport profilée s'attribue le RdM des 48 Heures à 167 km/h;
  • en 1956, l'Etoile Filante obtient le RdM pour voitures à turbine à 309 km/h.
Sur route, Renault remporte le Rallye de Monte-Carlo en 1925 avec une 40 CV, puis en 1935, avec une Nervasport, et récidivera en 1958 avec une Dauphine. Plus près de nous, ce  sera l'épopée Alpine, avec une moisson de succès couronnés de deux titres de Champion du Monde en 1971 et 1973.
En 1978, l'Alpine A442B V6 Turbo remporte les 24 Heures du Mans, à 210 km/h de moyenne !
C'est alors le feu vert définitif pour la F1, où Renault s'est engagé officiellement en juillet 1977.
Fin 2016, en tant que constructeur ou motoriste, Renault a remporté 11 couronnes mondiales des pilotes et 12 titres des constructeurs depuis 1992.
Ses moteurs ont remporté 178 victoires en GP (dont 9 sous l'étiquette TAG-Heuer en 2016-2018); la dernière en date est celle d'Ocon sur Alpine-Renault A521 (Hongrie 2021)...
  Les RENAULT de Spirou    
TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Poids
Vitesse maxi

4 CV  [R1060/1062]
Berline Luxe/Affaires
1950-1953
4
760 / 747 cc
21 cv
500 / 600 kg
110 km/h
André FRANQUIN :
La Mauvaise tête (1954)
(Intégrale tome 3)


  La 4 CV a remis la France sur 4 roues, selon un slogan publicitaire de l'époque; peut-être aussi la Belgique, où elle fut également fabriquée.
Dans La Mauvaise tête, la 4 CV de Zantafio est belge (plaque minéralogique). Ce modèle a deux feux rouges AR sur les ailes, ce qui le date au plus tôt de 1950, et sa calandre à 6 fines barrettes au plus tard de 1953. La présence de butoirs sur les pare-chocs indique une version "Luxe", devenue "Affaires" en 1952.
Entretemps, la cylindrée d'origine de 760 cc fut légèrement réduite à 747 pour des raisons de catégorie en compétition.
En 1954, la calandre de la 4 CV reçoit 3 larges barres chromées, ce qui suffit à modifier son apparence.

TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
PTC
Vitesse maxi

1000 Kgs  [R2060]
Fourgon tôlé
1947-1950
4
2.383cc
46 cv / 2800 t/mn
2.900 kgs
85 km/h
André FRANQUIN :
Spirou au Radio-Circus M. Fort (1955)
(Les Trésors de Spirou et le Cirque)
(Franquin, le géant du rire; HS Lire)


 
Après guerre, le plan Pons attribue entre autres à Renault une part du secteur des véhicules utilitaires de léger et moyen tonnages.  La Régie fraîchement créée lance alors une camionnette de 1000 kgs de C.U., type 206E1 (E = moteur à essence), qui connaît un vif succès; modernisée, elle devient R2060 en 1947.
C'est un fourgon de ce type que Franquin met en scène dans cet épisode (resté inédit en Intégrale) publié dans un supplément au n° 902 de l'hebdo. SPIROU (au volant) et Fantasio utilisent ce fourgon aux couleurs de Spirou pour se rendre au Cirque Marcel Fort, afin d'y réaliser un reportage photographique...
Il s'agit bien d'un modèle 1947-1950; en 1950, le sens d'ouverture des portières fut inversé. Le fourgon 1000 Kgs (et ses dérivés), devenu Voltigeur en 1959, fut fabriqué jusqu'en 1963, où il fut remplacé par la nouvelle version 1000 kgs de l'Estafette.
TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
C.U.
Vitesse maxi

2T5 (Galion) [R2161]
Chassis-cabine
1948-1951
4
2383 / 1996 / 2141 cc
46 / 53 / 56 cv
2,5 T.
71 km/h
André FRANQUIN :
Le Voyageur du mésozoïque (1957)
(Intégrale tome 5)


  C'est dès 1900 que Renault fabrique sa première camionnette, dérivée d'un châssis de tourisme, d'une charge utile de 250 kgs. En 1907 apparaît le premier véritable châssis utilitaire, d'une capacité de charge d'1 tonne. Depuis, Renault a continûment produit des utilitaires de toutes catégories.
Hélas, l'actuelle Direction du Groupe n'a eu de cesse de dépecer l'extraordinaire héritage de la firme - qui avait récupéré dans son giron l'essentiel de l'histoire du camion français, à commencer par Berliet - et la branche Poids lourds, désormais affublée de l'appellation mondialisée Renault Truc(k)s, a été entièrement vendue à Volvo.
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    Après guerre, pour satisfaire au plan Pons de reconstruction, RENAULT reprend très vite la production d'utilitaires, et lance un nouveau type de camion léger à moteur à essence (le diesel n'y apparaîtra -timidement- qu'en 1955), en 2 longueurs de châssis, d'abord en C.U. de 2 T., portée à 2,5 T. à partir de janvier 1948; ce camion recevra le nom de Galion en 1959. Il cèdera la place en 1965 à un tout nouveau camion Renault Super Galion SG4, qui deviendra ensuite SAVIEM SG4.

    Dans Le Voyageur du mésozoïque, Spirou et Fantasio reçoivent du Comte un télégramme leur demandant de venir au port de commerce de... avec un camion frigorifique ! Moyennant 1000 boîtes de fromage, Fantasio déniche ce fourgon Renault 2,5 T qu'il conduit au port. Accidentellement "congelé" dans le camion, et décongelé au... Cognac, Fantasio doit au retour céder le volant à Spirou, qui conduit le précieux chargement jusqu'à Champignac (ci-dessus)...

Le sens d'ouverture des portes (vers l'AR) dénote, pour ce fourgon, un modèle de 1951 au plus tard, date à laquelle il reçut des portières ouvrant "dans le bon sens". Il est par ailleurs logiquement dépourvu de clignotants AV (à l'extérieur des phares), ceux-ci n'apparaissant qu'en 1954. 
TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Poids
Vitesse maxi

Dauphine  [R1090]
berline
1956 - 1960
4
845 cc
30 cv / 32 cv
630 kg
115 km/h
VINK (2009)
(La Galerie des illustrés)


  Dans une contribution particulièrement originale à cet extraordinaire ouvrage collectif, Vink nous montre Spirou se rendant à Champignac, pendant l'hiver 1966, à bord de cette Dauphine.... enrhumée ! qu'on peut dater de la période 1956-1960 grâce à la présence de clignotants latéraux à l'arrière, au-dessus de la ceinture de caisse (ils émigreront à l'avant pour le millésime 1961). En 1966, la voiture atteignait la fin de sa carrière, le "tout à l'arrière" étant passé de mode. C'est aussi l'unique fois où l'on verra Spirou utiliser cette voiture dans le cours de ses Aventures.
(Noter que Parme mettra ensuite une Dauphine en vedette comme taxi, au début de Panique en Atlantique.)
NB : La Dauphine fut produite de 1956 à 1967, au total à près de 2,2 millions d'exemplaires. Elle sera la voiture la plus vendue en France de 1957 à 1961...
TYPE
Année(s)
Carrosserie
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Vitesse maxi

Estafette [R2130 ou 2131]
1959-1962
Fourgon
4
845 cc
32 ch SAE/4350 t/m
95 km/h
André FRANQUIN :
Bravo les Brothers ! (1965)
(Intégrale tome 8)

  Ce petit fourgon  est la réponse de Renault à l'insolent succès du Citroën type H.  Pour cela, Renault innove et n'hésite pas à recourir pour la première fois de son existence à la traction avant, reprenant le moteur, modeste mais éprouvé et fiable, de la Dauphine.
L'Estafette fut déclinée en version fourgon, fourgon surélevé, plateau bâché et même microcar 9 places (l'Alouette).
La carrière de l'Estafette s'arrêtera en juin 1980, après 533.209 exemplaires produits, pour faire place au Trafic.
C'est un fourgon tôlé qu'utilise Dupuis dans Bravo les Brothers !, et dans lequel Spirou reconduira les singes savants à son propriétaire Noé (lequel fera une seconde carrière en Palombie dans la série Marsupilami).  Une fugitive vue avant (calandre) indique qu'il s'agit de la version 1  du véhicule, avec une plaque minéralogique placée au-dessus du pare-chocs, empiétant sur la calandre (sur le type 2, apparu au printemps 1962, la plaque minéralogique avant descend au milieu du pare-chocs).

N.-B. : L'Estafette blanche "Dupuis" apparaît, le temps d'une case, au début du récent Spirou chez les Soviets, de TARRIN.
TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Poids
Vitesse maxi

R5 TS [R1224]
Coach toit ouvrant
1975-1982
4
1289 cc
64 cv DIN/6000 t/m
800 kg
151 km/h
FOURNIER :
Sérénade pour un fantôme (1976)
L'Ankou (1976)
Des haricots partout (1976)
(Intégrale tome 11)

TOME & JANRY :
La Voix sans maître (1981)
(Album Hors-série n° 3)


Première apparition de la R5 TS dans Sérénade pour un fantôme, le 29 juillet 1976 (Spirou n° 1998).
Noter les feux de recul, caractéristiques de cette version.



Dans la gamme R5, la TS apparaît en 1975, en tant qu'évolution de la LS. Visuellement, elle se reconnaît principalement à ses sièges AV dits intégraux, avec appuie-têtes ajourés, comme on le voit sur la case ci-dessus, et à l'arrière par deux feux de recul de part et d'autre de la plaque minéralogique. Le toit ouvrant est une option.

C'est bien tardivement, dans le récit illustré Sérénade pour un fantôme (juillet 1976), puis surtout avec l'Ankou, que Fournier renouvelle la voiture de Spirou en lui offrant cette version un peu "musclée" de la petite citadine à succès.

Fournier la fait reparaître brièvement dans Des haricots partout, lorsque Spirou rentre chercher l'aide du comte pour renverser Kodo.
On l'entrevoit une dernière fois, esquissée, dans l'épisode inachevé La Maison dans la mousse.




Dès 1981, pour leur premier essai sur Spirou, intitulé La Voix sans maître, Tome et Janry reprennent la R5 TS de Fournier (voir notamment l'appuie-tête ajouré des sièges AV), mais elle est devenue jaune ! L'immatriculation spécifique, "AGAGA", a aussi disparu...

N.B. : En 1982, la "TS" 2éme du nom (type R 1229) reçoit un moteur de 1397 cm3.
TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Poids
Vitesse maxi

5 TL [R1227]
Coach
1980-1984
4
1108 cc
45 cv DIN/4400 t/m
745 kg
137 km/h
TOME et JANRY :
Virus (1982)
(Album n° 33 - Intégrale t. 13)
Vilain faussaire ! (1983)
L'Incroyable Burp (1984)
(Album n° 38)
Qui arrêtera Cyanure ?
(1983)
(Album n° 35 - Intégrale t. 13)
La Tirelire est là ! (1984)
(Intégrale t. 14)
Le Réveil du Z
(1985)
(Album n° 37 - Intégrale t. 14)
Spirou à New-York
(1987)
(Album n° 39 - Intégrale t. 14)

Première apparition, dans Virus, d'une nouvelle R5, toujours jaune, mais qui n'est plus une TS, comme l'indique l'absence d'appuie-tête, bien visible dans la case suivant celle-ci (planche 4). Il s'agit d'un modèle de bas de gamme, une L, ou une TL : seules les jantes pourraient les différencier extérieurement. Comme il est possible que Janry se soit inspiré d'un modèle réduit pour effectuer ses dessins, et que (presque) tous reproduisaient la TL, nous retiendrons cette version. La L était vraiment une version d'entrée de gamme plutôt sous-motorisée...


Ci-dessus : La R5 TL au début de Qui arrêtera Cyanure ?  (vues AR et AV).

... dans Le Réveil du Z
...  dans Spirou à New-York

Reflétant la confusion régnant alors dans l'attribution de la série Spirou et Fantasio, Tome et Janry dotent Spirou d'une nouvelle R5, à toit tôlé, cependant que Nic et Cauvin, quelques mois plus tard, le feront rouler en Visa (appartenant à Fantasio il est vrai) !
Cette R5 connut d'ailleurs une très courte carrière : le 22 décembre 1983 (Spirou n° 2384), Fantasio étant, seul, au volant, cette voiture sera détruite en s'écrasant contre la statue du maire, après un mitraillage en règle de Cyanure...
Vu son état, c'est a priori un tout nouvel exemplaire que conduit Spirou dans La Tirelire et les épisodes suivants...
Cette voiture est la dernière automobile réelle de Spirou : après 1987, on ne le voit plus au volant d'une voiture personnelle chez Tome et Janry. Leurs successeurs le feront encore rouler dans de nouvelles Turbot, mais ceci sort de notre épure...
N.B. : C'est en 1980 que la R5 TL reçoit un nouveau moteur, remplaçant l'anémique 956 cc de la version antérieure.
  Les RENAULT du Comte de Champignac  
TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Poids
Vitesse maxi

AG / AG-1
Landaulet
1905-1914
2
1060 / 1205 cc
8 / 10 cv
1100 kg
40 / 46 km/h
André FRANQUIN :
Il y a un sorcier à Champignac (1950)
(Intégrale tome 2)


Il y a un sorcier à Champignac, première Aventure de longue haleine dessinée par Franquin, s'ouvre sur une page d'anthologie, ponctuée d'une apparition quelque peu fantastique : un digne et "antique" hobereau, d'une politesse exquise, roule au volant d'un non moins antique tacot du début du vingtième siècle.... une Renault bicylindre AG / AG-1 (seule la cylindrée diffère), conçue principalement pour les compagnies de taxi, et qui fournira l'essentiel du contingent des fameux Taxis de la Marne de 1914.
An cours de l'épisode, un Fantasio "survitaminé" fera éclater son moteur en mille morceaux d'un coup de manivelle sournoisement revanchard. On ne la reverra plus... Mais elle reste définitivement ancrée (et.... encrée !) dans nos mémoires. Tout en asseyant la solide réputation de non-conformisme du baron comte (dis-je....) de Champignac, cette attrayante voiture pimente pour toujours d'une note piquante et originale ce remarquable Album, prélude alléchant d'une longue suite de chefs-d’œuvre...
Noter que le volant est ici à droite, comme sur toutes les AG/AG1 jusqu'en 1912, date à laquelle une compagnie de taxis parisiens s'équipe de modèles avec conduite à gauche.

Si l'on veut ne pas (trop) s'écarter de la chronologie champignacienne, un léger retour en arrière s'impose ici en faveur du récent album Champignac - Enigma, dessiné par D. Etien (sur scénario de BeKa), dont l'action se déroule durant la guerre, à partir de juin 1940.

On y retrouve le "Taxi de la Marne" du comte, qu'il dit lui venir de son aïeul.... ce qui manifeste une rare fidélité de la famille à cet illustre, quoique modeste, ancêtre de l'automobile...
... et une preuve de la légendaire robustesse de cette petite "deux-pattes" (2 cylindres) !

< Ci-contre, dessin de la voiture extrait de la page 14 de l'album courant. Noter que la voiture était donc rouge à l'origine ?... (les deux couleurs ont historiquement existé au sein des compagnies de taxis parisiens l'ayant primitivement utilisée).
Consulté sur ce point, D. Etien assume ce choix :
-
C'était une question esthétique, car elle apparaît soit dans un bois, soit sur la pelouse du château, et je trouvais qu'en rouge elle ressortait bien mieux (utilisation des complémentaires). Après, le but était de respecter au maximum l'univers de Franquin, mais je ne voulais pas être prisonnier de chaque détail.

Hommage discret et subreptice au centenaire de la Grande Guerre, dont elle fut une pittoresque héroïne sous le nom de Taxi de la Marne ?... en 2014, on la retrouve, pilotée par SPIROU en personne, dans l'épisode Fantasio a disparu ! suite de 71 bandes concoctées par 71 auteurs fort divers (Spirou n° 3997 du 19-IX-2014), sous les crayons, successivement, de Joub (que relaie furtivement R. Spiessert; bandes 14 et 15), puis Cromheecke (bande 22), enfin PAU, spécialiste du dessin auto (bande 26).

Voici, successivement, quelques cases réalisées par Joub (ci-contre, à gauche), Cromheecke (bande ci-dessous), enfin Pau (dessin final, ci-après).




Ce document provient du scénarimage de l'album Du glucose pour Noémie, de Fournier, édité en fac-similé dans un fascicule souple au format A4 accompagnant le tirage de luxe de l'album chez l'éditeur Black & White (2017). Il montre comment Fournier, au départ, comptait réutiliser les éléments déjà en place dans l'univers de la série, en recourant au "Taxi de la Marne" du Sorcier..., aux portières armoriées qui plus est !! Mais, même modifiée en profondeur par le comte, 200 km/h sur la base technique d'une Renault AG née au tout début du XXème siècle, ce n'était guère sérieux !
Aussi l'a-t-il très vite replacée par la merveilleuse et étincelante Duesenberg des années '30 que nous connaissons désormais...

TYPE
Carrosserie
Année(s)
Nb. de cyl.
Cylindrée
Puissance
Poids
Vitesse maxi

Frégate [R1100]
Berline
1951-1954
4
1996 cc
58 cv/4000 t/m
1230 kg
130 km/h
André FRANQUIN :
Les Voleurs du marsupilami ('52)
(Intégrale tome 2)


Si le Comte est apparu en 1950 au volant d'un vénérable ancêtre, il se retrouve deux ans plus tard à l'extrême pointe de l'actualité automobile : en vacances à Magnana, le comte y a semble-t-il loué une Frégate, modèle qui n'est vendu que depuis quelques mois (fin 1951) ! Cette Aventure ayant été publiée dans Spirou à partir d'avril 1952, Franquin reproduit nécessairement un modèle encore dépourvu de projecteurs antibrouillard, qui n'apparaîtront que courant 1952.
En 1955, l'adoption d'une nouvelle calandre ovale viendra radicalement changer la face avant de la voiture (dans sa version luxueuse Amiral seulement, dans un premier temps).
La frégate fut fabriquée de 1951 à avril 1960, en 180.463 exemplaires toutes versions confondues (y compris les brèques Domaine/Manoir); sa meilleure année fut 1955, avec plus de 50.000 modèles écoulés, doublant presque la production de 1954 !
Sélection de miniatures au 1/43ème
 



ATLAS : Voitures de Spirou    (n° 22 - 2008)

Avec les figurines du comte (au volant), Spirou et Fantasio (à l'intérieur).
ATLAS : Voitures de Spirou    (n° 3 - 2007)

Avec les figurines de Zantafio (au volant), et Spirou (à l'arrière, accroché au capot moteur).
NOSTALGIE  (réf. 14)

Modèle en zamac et plastique de la Frégate Amiral (avec calandre à 3 barres), nouvelle version de cette voiture pour l'année 1953.
Eligor en a également produit un modèle bleu clair (réf. 140109).


<< IXO pour Altaya  (réf. 34, 2006)
Modèle en zamac et plastique de la série "Presse" Nos chères Camionnettes d'antan représentant un Renault 2,5 T fourgon frigorifique d'une marque de produits laitiers.


REAPLASTIC  (ca. 1957) >>
Il existe beaucoup de modèles de la Dauphine, mais ce rare jouet en plastique, dépourvu de vitres, présente une teinte très voisine ce celle choisie par Vink...



CITY    (réf. 4A)

Modèle de l'Estafette 1960, première version du fourgon (plaque minéralogique empiétant sur la calandre; sur la version suivante, la plaque émigrera sur le pare-chocs).
VITESSE : R5 TS (réf. VCL99001 - 1999)

Modèle en zamac et plastique reproduisant la voiture de Spirou telle que Fournier l'a dessinée (en dehors des roues "BD", le modèle est très réaliste).
SOLIDO - Série Gam1    (réf. 10 - 1972/82)

La R 5 de Solido est une TL, réalisée en zamac et plastique. Les portes s'ouvrent sur un intérieur succinct mais correct; la calandre et les phares sont rapportés.